Notes d’allocution de

Louise Bradley
Présidente-directrice générale

Commission de la santé mentale du Canada

Association canadienne des chefs de police

Gatineau, QC
Le 14 février 2017


Pour commencer, j’aimerais saluer le peuple algonquin, gardien traditionnel du territoire sur lequel nous nous trouvons. Je souhaite rendre hommage à ses Aînés, passés et présents, et à reconnaître la force, la résilience et les capacités des peuples autochtones partout au pays.

Bonjour à tous. Merci infiniment d’avoir invité une fois de plus la Commission de la santé mentale du Canada à titre de partenaire.

Je me rappelle lorsque la Commission a fait équipe pour la première fois avec l’Association canadienne des chefs de police, il y a trois ans. C’était lors d’une conférence pour améliorer les interactions entre le personnel policier et les personnes aux prises avec des maladies et des problèmes associés à la santé mentale.

Lorsque vous nous avez demandé d’appuyer ces efforts, nous n’avons pas hésité. Assurément, l’ACCP a adopté une approche positive et progressive en vue de relever un défi de taille à l'échelle du pays.

En tant que conférencière, j’ai présenté la situation comme une médaille à deux revers. De l’un, les interactions avec les personnes aux prises avec des maladies et des problèmes associés à la santé mentale, et de l’autre, le bien-être mental du personnel.

Il va sans dire que j’ai senti une certaine réticence à cette idée. La stigmatisation était encore plus tenace il y a trois ans qu'elle ne l'est aujourd’hui. Parler de la santé mentale des policiers dans une culture organisationnelle où ils doivent paraître forts et invincibles, ça n’était pas du gâteau.

Mais il s’agissait d’une étape essentielle.

Les policiers assument deux rôles indissociables. Le premier est d’assurer la sécurité des communautés. Le deuxième est d’être un modèle de comportement, et il s’agit d’une responsabilité sacrée.

Les policiers sont les héros des temps modernes. En reconnaissant que vous pouvez être personnellement touchés par des problèmes de santé mentale, vous permettez à d’autres de faire de même.

De nos jours, vous n’êtes plus seulement des exemples de courage et de force. Vous montrez aussi à quoi ressemblent la résilience et le rétablissement.

Prenez par exemple le commissaire adjoint Roger Brown, qui est maintenant à la retraite et que j'ai eu le privilège de rencontrer. Sa réaction aux événements tragiques de Moncton nous a montré à quoi ressemble le véritable leadership empreint de compassion et ce à quoi nous devons aspirer.

Je ne suis pas surprise que les services de police se retroussent les manches pour faire de la santé mentale de leur personnel une priorité.

Vous êtes, de nature, des penseurs stratégiques qui réglez des problèmes tactiques. Vous foncez tout droit sur ce qui est difficile ou désagréable.

En acceptant les réalités des blessures de stress opérationnel, qui dépassent l’ESPT et qui comprennent un éventail de problèmes allant de l'anxiété à la dépression, en passant par l’abus de substances, vous nous montrez TOUS une meilleure solution.

En parlant de la santé mentale au travail, vous placez le bien-être mental au cœur de vos interactions quotidiennes. Vous nous rappelez que les postes et les véhicules de police sont des milieux de travail et non pas seulement des services essentiels.

Aujourd’hui, vous pourrez constater que l’adoption de programmes comme la Norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail est une décision à la fois pragmatique et humaine.

En 2014, la GRC a lancé une stratégie de santé mentale de cinq ans qui s’inspire de la Norme. Des champions de la police commencent à se faire entendre. C’est le cas du chef Neil Dubord du service de police de Delta qui travaille avec son équipe de direction et sa commission de police pour veiller à ce que la santé et la sécurité psychologiques fassent partie intégrante du cadre de base de son organisation.

Au moment où les services de police, les commissions de police et les municipalités d’un bout à l’autre du pays sont confrontés à la hausse croissante des coûts des services policiers, la CSCM a démontré dans ses travaux que les investissements en santé mentale permettent d’éviter les coûts humains et financiers des maladies psychologiques non traitées.

Tout aussi important, les policiers peuvent parler de leurs préoccupations en santé mentale sans craindre de perdre leur emploi ou de nuire à leur carrière, et cela donne l'exemple aux travailleurs de tout le pays.

Je peux affirmer sans la moindre hésitation que le secteur de la santé pourrait s’inspirer du milieu policier. La stigmatisation bat son comble dans les hôpitaux et les établissements de soins de santé. Aussi ironique que cela puisse sembler, c'est pourtant une réalité que j’ai constatée de mes propres yeux.

Lorsque je vois les organisations policières qui affrontent bravement la stigmatisation, je suis à la fois fière et reconnaissante.

Aujourd’hui, vous découvrirez comment certaines organisations redéfinissent ce qui est normal en se préoccupant de la santé mentale des gens avec qui ils interagissent, à l’interne et à l'externe, afin de rendre ces interactions plus positives.

L’amélioration du bien-être mental du personnel policier au travail créera assurément des communautés plus saines. Vous nous montrez que les policiers sont humains et que les services de police se préoccupent des besoins de leurs employés.

Par votre humanité, vous nous aidez à nous reconnaître dans vos peines et vos défis.

Par-dessus tout, en célébrant votre triomphe et votre rétablissement, vous nous donnez tous espoir.

Je ne suis pas naïve. Je sais pertinemment que nous n’avons pas réglé ce problème complexe en l'espace de trois ans.

Mais je sais aussi que ce que vous réglez grâce à votre créativité et à votre courage continue de faire avancer les services policiers.

Il est toutefois important que ces progrès se produisent non seulement dans les services policiers urbains à la fine pointe, mais aussi dans ceux des régions rurales et éloignées ainsi que dans les collectivités autochtones, où les budgets et les ressources sont souvent bien différents.

Le commandant d’un service de police rural ne devrait pas avoir à choisir entre de l’équipement de protection moderne et de la formation en santé mentale. La sécurité physique et le bien-être mental ne devraient jamais devenir un « choix de Sophie ».

La santé mentale ne devrait jamais être une question de ressources.

En tant que collègues et compatriotes, vous avez l'obligation d’échanger des pratiques exemplaires et de vous soutenir mutuellement.

Je vous invite à relever ce défi et à collaborer en vue d’améliorer la santé et le mieux-être de tout le personnel policier au Canada, peu importe où il se trouve.

Je sais que j’en demande beaucoup. Mais puisque vous comptez parmi les gens les plus débrouillards et les plus aptes à résoudre les problèmes, je sais aussi que vous êtes à la hauteur.

Au fil des ans, les thèmes et les séances de cette conférence deviennent de plus en plus audacieux.

J’ai bien hâte ce que nous réserve le programme de l’an prochain.

Merci!