Son ambitieux plan stratégique décennal vise à transformer le paysage de la santé mentale au Canada strategic plan diagram

Pour Chuck Bruce, président du conseil d’administration de la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), la nécessité d’investir en santé mentale n’est pas une question — c’est un impératif.

« J’ai travaillé avec des investissements tangibles toute ma carrière », dit M. Bruce à partir de son bureau situé à Terre-Neuve-et-Labrador, d’où il administre le fonds de pension du secteur public le plus important de la province. « J’ai l’habitude de parler de retours sur investissement en dollars et en cents, mais le bien-être mental n’a pas de prix. »

C’est pourquoi M. Bruce, en collaboration avec le conseil d’administration de la CSMC, s’est employé à rédiger un plan directeur visant à rénover un système de santé mentale qui comporte toujours des lacunes importantes et dont les fondations sont fissurées.

Miser sur les réussites passées
« Répondre à l’appel n’a pas un caractère normatif », dit-il à propos du tout nouveau plan stratégique de 10 ans de la CSMC. « Il se veut plutôt une vision audacieuse et ambitieuse qui a pour but de faire entendre la voix des personnes ayant un vécu expérientiel, d’accroître la coopération entre nos nombreux partenaires et d’aborder des thèmes qui sont négligés depuis beaucoup trop longtemps. Au moment où notre organisation atteint sa vitesse de croisière, nous ne pouvons nous permettre d’entraver les progrès en matière de promotion de la santé mentale, de prévention des maladies mentales et de mesures de soutien et de traitements. »

Le nouveau plan repose sur trois piliers : Renseigner, Inspirer et Améliorer. Pour M. Bruce, « ces piliers reflètent l’essence même de ce que nous faisons à la CSMC. Nous ouvrons les esprits en nous efforçant de trouver les meilleures recherches et de les diffuser. Nous ouvrons les cœurs en luttant contre la stigmatisation sous toutes ses formes, y compris les obstacles structurels (qui sont aussi invisibles que dangereux). Finalement, nous ouvrons les portes en améliorant l’accès aux services par l’entremise de projets de démonstration de pointe. »

Mis ensemble, ces efforts novateurs seront au centre des actions de la CSMC tout au long de la prochaine décennie.

Le bon cadre de croissance
« En tant que conseil d’administration, notre travail ne consiste pas à dire aux experts, qui sont les chefs de file de la CSMC et à son personnel comment générer ce changement. De même, je ne dirais pas à un constructeur où placer les murs qui soutiendraient ma maison ni comment concevoir ma salle de bain. Je lui dirais peut-être quelque chose comme : je veux une maison à aires ouvertes avec beaucoup de lumière. »

Dans le nouveau plan de la CSMC, le conseil d’administration a laissé beaucoup de place à la créativité, à la réactivité et à l’esprit d’entreprise qui ont caractérisé la première décennie de l’organisation.

« Lorsque j’ai commencé à collaborer avec la CSMC, alors que je siégeais au comité consultatif sur le milieu de travail, je n’étais pas très familier avec l’empreinte de cette organisation », a affirmé M. Bruce. « Aujourd’hui, bien des années plus tard, j’en suis venu à réaliser que bien que nous soyons un groupe relativement petit, nous trouvons constamment des brèches à colmater. Qu’il s’agisse de prévenir le suicide dans la communauté, de promouvoir une meilleure santé mentale sur les campus des collègues et des universités ou d’offrir de la formation sur la résilience et sur la lutte contre la stigmatisation, nous mettons chaque dollar investi à profit pour créer une société qui reflète nos idéaux communs, à commencer par le rétablissement. »

La voie à suivre
Lorsque nous avons demandé à M. Bruce d’expliquer ce qui ferait du plan décennal une réussite, il a pris le temps d’y réfléchir. « Je ne veux pas prédire où ce plan va nous mener, car je crois au pouvoir de la mise en commun des connaissances ».

Ce concept s’appuie sur le principe en matière d’investissement selon lequel les dollars se multiplient au fil du temps grâce à la force de la croissance composée. « C’est l’outil le plus puissant dont nous disposons pour créer de la richesse », dit-il. « Et réinvestir dans les connaissances que nous acquérons est le moyen le plus puissant de générer un changement transformationnel ».

Pour M. Bruce, ce changement est à notre portée; en fait, il l’a toujours été.

« Quand ma mère a reçu un diagnostic de cancer du sein il y a 25 ans, mon père ne voulait pas qu’on en parle. Ça ne concernait que notre famille, et c’était privé. Point à la ligne. »

En y repensant, M. Bruce soupçonne la honte d’avoir eu un rôle à jouer dans la perception qu’avait son père du cancer du sein. « Et il n’était pas le seul à le percevoir ainsi. Mais au fil des ans, nous avons vu la Course à la vie gagner en popularité et en importance, nous avons vu la Tour CN illuminée en rose et une partie des profits de la vente de certains appareils ménagers spécialisés et de rouges à lèvres investie dans la recherche sur le cancer du sein. Le message implicite derrière tout cela, c’est qu’il n’y a aucune raison d’avoir honte. Je dirais que cette approche a fonctionné pour de nombreux problèmes de santé, mais que nous n’en sommes pas encore là en ce qui concerne la maladie mentale. »

Mesurer les progrès
Si le plan stratégique de la CSMC est une réussite, dit M. Bruce, la voie sera jalonnée de marqueurs semblables.

« Il faut célébrer chaque victoire. Les interventions de cybersanté mentale qui permettent de surmonter les obstacles géographiques. Les normes qui viennent modifier notre façon d’étudier et de travailler. Le programme Premiers soins en santé mentale, qui a permis de former plus de 500 000 personnes au Canada (et ce n’est pas fini). Chacune de ces victoires contribue à combler une lacune ou à réparer une fissure. Chaque victoire nous permet de bâtir de solides assises. »

Et d’ici à ce que cette mission soit accomplie, M. Bruce est convaincu qu’en réinvestissant nos connaissances pour ouvrir les esprits, les cœurs et les portes, nous générerons des profits nets considérables.

« Je suis un homme de chiffres, après tout », reconnaît-il. « Nous mesurerons nos retours sur investissement et nous rendrons compte de nos progrès à nos investisseurs les plus importants, c’est-à-dire chaque personne qui vit dans notre beau pays. Parce que la santé mentale. . . c’est l’affaire de tous. »