Réflexion sur le leadership en pleine pandémie mondiale

Je reçois beaucoup de questions sur la façon de diriger une organisation en cette période trouble sans perdre de vue la santé mentale des employés.

En tant qu’organisation dont le bien-être mental est au cœur du mandat, nous nous efforçons de toujours protéger la santé psychologique de notre personnel avec la même vigueur que nous le faisons pour sa sécurité physique. 

Mais seuls les insensés se vanteraient en ce moment.

L’heure n’est pas à l’autocongratulation, mais à la réflexion. Et je serai honnête. J’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, car, moi aussi, je pratique la distanciation physique, et je vis seule. 

Normalement, mon horaire chargé est tel que j’accueille la solitude. Lors de mes rares vacances, je recherche la douce quiétude du sommet des montagnes et des rives des bassins nichés au creux de canyons.

Il est étonnant de constater à quelle vitesse ces sentiments s’évanouissent quand la date et l’heure de notre prochain engagement social est…  On n’en sait rien.

Ces derniers jours, j’ai réfléchi longuement et sérieusement à ce qu’être un leader signifie en ce moment. Très franchement, c’est terrifiant. 

J’ai eu du mal à l’admettre. 

Mon travail consiste à stabiliser le navire dans les mers agitées et, pour cela, je dois notamment me montrer confiante.
Mais la confiance, dans le contexte actuel, est de l’anxiété déguisée en bravoure.click to tweet

La leçon de sagesse la plus chèrement acquise au cours des dernières années est que la vulnérabilité est notre plus grande force. 

Pendant des années, j’ai passé sous silence mon expérience personnelle par rapport aux problèmes de santé mentale. J’avais honte. Pourtant, la honte entrave notre croissance émotionnelle et mine notre potentiel. Quand nous la chassons, nous créons de l’espace pour les sentiments plus utiles, les sentiments qui peuvent nous guider vers la vérité de notre valeur et qui nous permettent de tisser des liens significatifs avec les autres.

Mon conseil aux leaders en ce moment serait donc le suivant : n’ayez pas honte si vous avez peur. Notre économie est sérieusement malmenée, et notre manière même de vivre est bouleversée. Pourtant, la première chose à faire pour diriger avec authenticité et honnêteté est de dire à nos employés que nous aussi, nous avons peur.

Si la honte nous muselle, l’expression de nos inquiétudes partagées fait place à la compassion. C’est fou ce qui peut arriver quand on se demande ce qui nous inquiète le plus.

Nommer notre peur nous donne un problème à résoudre.

Personnellement, j’ai peur de perdre le contact avec mes équipes. Je suis inquiète pour les employés qui doivent jongler avec de jeunes enfants et un travail à temps plein. Je crains que nos meilleurs employés ne s’épuisent à force de s’adapter au contexte en constante évolution.

Taire ces craintes ne les fait pas disparaître. Cela signifie simplement qu’elles ne seront abordées qu’au moment où frappera la crise déclenchée par le fait de les avoir ignorées.

Je demande donc à mes propres leaders ce qui les inquiète et les effraie, puis je leur fais part de mes propres craintes. Ce dialogue est la première étape vers l’élaboration d’un plan qui anticipe les difficultés avant qu’elles ne surviennent.

Être un leader, ce n’est pas être parfait. Ce n’est pas non plus avoir toutes les réponses.

C’est avoir peur et être prêt à diriger malgré tout.