Double tâche : comment la COVID-19 affecte les proches aidants des personnes vivant avec une maladie mentale

Le mardi 7 avril marque la Journée nationale des proches aidants, créé pour rendre hommage aux millions de personnes au Canada qui fournissent des soins non rémunérés à des êtres chers qui sont aux prises avec des handicaps, des maladies ou d’autres besoins spéciaux. Cette année, au beau milieu de la pandémie de coronavirus, cette journée revêt une importance supplémentaire, car ces proches aidants font face à des difficultés sans précédent.

Pour beaucoup de proches de personnes vivant avec des maladies mentales et des problèmes associés à la santé mentale, les difficultés qu’entraîne la COVID-19 s’ajoutent à une charge déjà lourde. Comme la directrice générale de AMI-Québec, Mme Ella Amir l’explique, « Le fardeau des proches aidants s’alourdit en ce moment. Ils doivent composer avec les mêmes préoccupations que les non-aidants naturels, en plus de cette responsabilité supplémentaire. Cela peut faire beaucoup à gérer en même temps. » L’organisation sans but lucratif de Mme Amir aide les familles à faire face aux répercussions de la maladie mentale par le biais de groupes offrant du soutien, des formations, une orientation et des conseils juridiques.

Cependant, la directive voulant qu’une distanciation physique soit appliquée constitue un réel défi, car cela complique la tâche des proches aidants de fournir des soins et d’assurer la sécurité de leurs proches. Des exemples de soutien pratique, comme faire la lessive, cuisiner ou aider dans les aspects financiers sont rendus presque impossibles à cause de la distanciation. Compter principalement sur le téléphone pour offrir un soutien psychologique représente également un défi. Par exemple, si le proche aidant est âgé ou s’il souffre de conditions physiques sous-jacentes, sa vulnérabilité accrue dans le contexte pourrait l’obliger à devoir éliminer tout contact physique, afin de mieux protéger sa propre santé. 

Même si les proches aidants vivent sous le même toit que le membre de leur famille, les défis demeurent néanmoins grands. Comme c’est le cas pour plusieurs problèmes de santé mentale, un stress élevé peut entraîner une escalade des symptômes, laissant les proches aidants à eux‑mêmes pour gérer leur propre anxiété, en plus de la condition précaire d’un être cher. Puisque le système de soins de santé est de plus en plus sollicité, ils en sont à se demander si des services d’urgence seraient disponibles pour s’occuper du membre de leur famille s’il venait à se trouver en situation de crise.

Les mesures de distanciation sociale ont également mené à la fermeture temporaire de nombreux services de santé mentale externes. Alors que les soins aux patients hospitalisés ont toujours cours, la réduction des heures de visite créée un obstacle pour les proches aidants qui tentent de visiter leurs êtres chers dans les hôpitaux psychiatriques ou d’autres programmes pour patients hospitalisés. click to tweet

Heureusement, certains programmes de soutien destinés aux personnes aux prises avec une maladie mentale (et à leurs proches aidants) ont fait un virage virtuel pour continuer d’offrir leurs services. AMI-Québec, par exemple, a transféré tous ses programmes, notamment les groupes de soutien, les ateliers et le counseling individuel, vers des plateformes téléphoniques ou de vidéoconférences, lesquelles permettent aux familles de continuer de recevoir les soins dont elles ont besoin. Pour obtenir un soutien virtuel en santé mentale dans votre région, communiquez avec votre division locale de l’Association canadienne pour la santé mentale.

Pour Mme Amir, il est prioritaire de s’assurer que les groupes de soutien aux familles et les autres programmes se poursuivent sans interruption. « Personne ne comprend mieux le fardeau d’un proche aidant qu’un autre proche aidant. Le soutien qu’ils peuvent s’offrir réciproquement en ce moment est inestimable. »  

En plus de se soutenir mutuellement et d’aider leurs proches, il est essentiel que les proches aidants prennent du temps pour eux-mêmes. Selon Cynthia Clark, présidente du réseau Ontario Family Caregivers’ Advisory Network, « Les proches aidants doivent se rappeler que prendre soin de soi n’est pas un luxe. Il s’agit d’un élément qui est fondamental pour être en mesure de soutenir efficacement une autre personne. »

Pour plus de renseignements pour des aidants pendant la COVID-19, consultez la liste organisée par la Commission de la santé mentale du Canada.

Bien que la pandémie de coronavirus nous affecte tous, nous pourrions également prendre du temps pour réfléchir aux défis auxquels sont confrontés les proches aidants. Ils ont plus que jamais besoin de notre compréhension et de notre compassion. S’il y a un proche aidant dans votre entourage, le plus beau geste que vous puissiez poser est de communiquer avec lui, affirme Mme Amir. « Les proches aidants sont déjà un groupe isolé, dans le meilleur des cas. Le simple fait de leur tendre la main et de leur passer un coup de fil peut faire toute la différence du monde. »