Rassembler la médecine : un cheminement vers la guérison

Lors des deux journées les plus froides et enneigées du mois de janvier, un petit groupe d’employés de la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) s’est joint à des leaders autochtones et à des survivants de pensionnats indiens afin de tracer la voie pour une meilleure compréhension et pour des relations de travail plus saines.

« Nous avons commis plusieurs faux-pas à titre d’organisation non autochtone, » a avoué Ed Mantler, vice-président des programmes et priorités de la CSMC. « Nous devons reconnaître nos erreurs et savoir en tirer des leçons si nous souhaitons progresser positivement avec nos partenaires autochtones. »

Au Centre de santé autochtone Wabano, dans une salle circulaire inondée de lumière et décorée de magnifiques œuvres d’art autochtones, une cérémonie de purification à la sauge a donné le ton pour une journée de partage et de réflexion. L’Aîné Barney Williams a récité une prière d’ouverture en partageant sa sagesse sous la forme d’un récit touchant au sujet de sa grand-mère. Jadis, elle lui avait appris que leur langue maternelle (Nuu-chah-nulth) ne proposait aucune façon de distinguer les groupes de personnes entre eux, car il n’existe qu’un seul mot pour désigner notre race : humaine.

« Notre idée, en préparant cette rencontre, était de formuler une déclaration sur la réconciliation, » a expliqué la présidente et directrice générale de la CSMC Louise Bradley. « Une déclaration qui orienterait nos futurs travaux, et par rapport à laquelle nous serons redevables. Or, une chose que nous avons apprise de nos interactions avec nos partenaires autochtones est qu’il est plus sage d’arriver à la table de discussions sans aucune idée préconçue quant aux résultats. Nous devons être en mesure d’assouplir nos idées, nos objectifs et nos visions du monde et les fusionner à ceux des autres afin de créer quelque chose qui a du sens pour toutes les parties présentes. »

« Cela tient de l’exploit, » a reconnu Eugene Arcand, survivant d’un pensionnat indien. « Notre peuple a si longtemps été ignoré. Nous ne trouverons pas toutes les réponses ici, aujourd’hui. Je préfère vous voir hébétés et perplexes, mais disposés à arranger les choses ici, dans cette salle, plutôt que de fermer les yeux sur les défis que doivent affronter nos communautés. »fr_tweet_2

Le président de l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, a tenu des propos tout aussi convaincants, en encourageant tout le monde à construire des ponts grâce à une compréhension commune. « Ne me cachez pas votre expérience parce que vous présumez que la mienne est bien pire. Ce n’est pas ainsi que nous établissons des liens, » a-t-il affirmé. M. Obed a également exhorté toutes les organisations non autochtones à bien examiner leurs structures de gouvernance, de financement et de recherche – afin de vérifier si leur investissement est proportionnel au besoin criant de services de santé mentale dans les collectivités autochtones partout au pays.

L’animateur de l’événement, Harold Tarbell, a consacré la plus grande partie des deux jours sur la compréhension de l’histoire du colonialisme qui continue de désavantager les peuples autochtones.

« J’aime employer une analogie relevant du golf : se concentrer sur l’élan arrière, » a affirmé Rod McCormick, professeur principal de santé maternelle et infantile des Autochtones à la faculté du développement humain, social et éducatif de l’Université Thompson Rivers. « Vous ne réussirez jamais votre coup si vous ne prenez pas du recul pour évaluer votre cible. » 

L’événement a suscité de vives émotions, surtout quand les participants autochtones ont évoqué la douleur et les frustrations d’une confiance rompue à maintes reprises. Shelagh Rogers, animatrice de longue date à la CBC et fervente défenseure de la santé mentale et métisse de racine, a fait valoir l’importance d’un sentiment d’humilité continue – qui générera ultimement la compréhension : « Peu importe la courtepointe que nous ferons, nous devrons la coudre ensemble, avec une gratitude envers les survivants des pensionnats indiens et leurs familles, qui personnifient un leadership marqué par la dignité. Quel cadeau extraordinaire. »

« Nous observons l’émergence de certains thèmes, » a expliqué M. Tarbell. « Nous observons le désir de faire des choix. De récupérer une identité perdue. De réclamer une fierté envers la culture. L’acceptation d’une guérison traditionnelle. L’appréciation d’une riche diversité au sein de nos cultures distinctes – Inuit, Métis et Premières Nations. Et dans tout cela, nous voyons que la CSMC a un rôle à jouer; elle pourra donner l’espace aux voix autochtones, afin qu’elles soient entendues et respectées. »

Lori Lafontaine, qui a longtemps agi à titre de conseillère principale des affaires autochtones à la CSMC avant d’accepter un poste à Santé Canada, a ainsi donné sa perception du rôle de la CSMC : « Si vous êtes le gardien du bois, ne construisez pas une clôture. Construisez une plus longue table. »

Et comme la CSMC se tourne vers l’avenir, avec ce qui découlera de cette importante conversation – que ce soit une courtepointe d’idées ou une table mise afin d’accueillir les différentes voix émergeant des collectivités autochtones partout au pays – M. McCormick a bien exprimé la situation quand il a affirmé : « Ce que vous faites, ce que nous faisons, c’est de rassembler la médecine. Nous devons la rassembler avant de pouvoir commencer à guérir. »