La Commission de la santé mentale du Canada pleure la perte du président de son conseil d’administration

Le 10 février 2019, le président du conseil d’administration de la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), l'honorable Michael Wilson, est décédé au terme d’une longue lutte contre le cancer.

« M. Wilson était un farouche défenseur de la cause de la santé mentale. Il fut un chef de file dans le domaine, et ce, bien avant que les campagnes de financement pour la cause ne deviennent populaires, et bien avant l’apparition des messages textes, » a déclaré Louise Bradley, PDG de la CSMC. Avec beaucoup d’émotion dans la voix, Mme Bradley a ajouté qu’en dépit de sa maladie, M. Wilson n’a jamais baissé les bras et a déployé des efforts herculéens en faveur de l’amélioration de la qualité des services de santé mentale.

« Je savais que M. Wilson était très malade. Je ne me faisais pas d’illusion quant à l’issue éventuelle, » a affirmé Mme Bradley. « Cependant, je l'avoue, dans un coin de mon fort intérieur, j'ai pensé que sa volonté implacable et son optimisme inébranlable l’emporteraient. »

D’ailleurs, c’était justement sa capacité de transformer la tragédie en action de mobilisation qui lui avait permis de redonner un sens à sa vie à la suite du décès par suicide de son fils, Cameron, en 1995. M. Wilson n’a jamais hésité à partager son expérience des problèmes de santé mentale, ce qui n’a fait qu’augmenter sa crédibilité en tant que ministre du cabinet et ambassadeur, au point de susciter le même sérieux autour du mouvement de défense de la santé mentale.

« Il y a 25 ans, la maladie mentale était un sujet tabou, » a indiqué Mme Bradley. « M. Wilson a refusé de se taire. Il parlait souvent des événements de santé mentale qu’il avait organisés, jadis, et auxquels personne n’assistait. »

Il a d’ailleurs évoqué ses premiers jours à titre de champion de la santé mentale lors d’un discours prononcé au symposium de la Banque Royale du Canada (RBC) sur la santé mentale, qui s’est tenu au Collège Seneca. « Avant mon entrée en politique, j’avais été bénévole pour de nombreux organismes. J’ai appris avec stupéfaction qu’environ 45 000 personnes donnaient généreusement de leur temps à la Société canadienne du cancer, et ce, uniquement en Ontario! Mais à l’époque, je ne connaissais pas un seul bénévole dans le domaine de la santé mentale. »

Déterminé à changer la donne, M. Wilson est devenu ce qu’il décrit comme « la voix qui crie dans le désert », en exigeant de meilleurs travaux de recherche, d’importants investissements financiers de la part des gouvernements ainsi que davantage d’approches novatrices en matière de traitement. En fin de compte, sa détermination a porté ses fruits, car il a amorcé ce que Mme Bradley appelle « le réveil collectif du Canada autour de la maladie mentale ».

M. Wilson ne s’est jamais contenté du statu quo, même si le Canada a réalisé d’énormes progrès depuis ce temps. En 2017, il a rédigé un éditorial intitulé « Health Accord Must Address Growing Mental Health Crisis in Canada dans le Globe and Mail. » Et comme toujours, son ton était pragmatique : « S'attaquer à un problème en y injectant uniquement de l’argent entraîne rarement les résultats escomptés. Une partie de la réponse consiste donc à faire des investissements réfléchis et mesurables, axés sur la promotion de l’innovation et le partage des pratiques exemplaires. »

L’intérêt que portait M. Wilson à la santé mentale dépassait largement la transformation du système. En tant que leader du milieu des affaires, il était préoccupé par le fardeau financier de la maladie mentale et par les voies et moyens que peuvent emprunter les sociétés canadiennes pour créer des milieux de travail plus sains sur le plan psychologique. En 2017, à titre de champion de la Norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail, il a passé deux jours à Toronto avec des organisations qui souhaitaient volontairement participer à une étude de cas sur la mise en œuvre de la Norme. À un certain point, il s’est adressé aux groupes présents : « Chaque organisation ici présente a aidé à concrétiser l’un de mes plus grands espoirs, c’est-à-dire de placer le mieux-être et la santé mentale au cœur de nos conversations quotidiennes. »

Puis, M. Wilson avait clôturé la journée avec une réflexion personnelle : « Bon nombre de défenseurs de la santé mentale ont connu la tragédie. Moi y compris. Lorsque vous êtes motivé par une valeur qui va bien au-delà des simples résultats, vous êtes en mesure de redoubler d’ardeur, d’atteindre des horizons plus lointains. J’ai occupé beaucoup de postes au fil de ma carrière, et j’ai eu la chance d’exercer une influence sur bon nombre de domaines, de la politique financière aux relations internationales. Cependant, mes efforts de sensibilisation à la santé mentale demeurent mon plus grand privilège et mon legs le plus précieux. »

Au lendemain du décès de M. Wilson, Mme Bradley a rédigé un vibrant hommage à son ami et  mentor dans le quotidien Ottawa Citizen, en terminant avec ces mots : « La perte de M. Wilson, un ami et mentor très cher, sera ressentie non seulement dans les bureaux du siège de la CSMC, mais aussi dans tout l’environnement de la santé mentale au Canada. Le sens de la compassion et de la sincérité, ainsi que la détermination de M. Wilson sont irremplaçables. C’est à nous maintenant de redoubler d’efforts pour achever l'œuvre qu’il avait commencée il y a de cela plusieurs années. Nous suivrons ses pas, mais savons pertinemment que personne ne pourra vraiment chausser sa pointure. »