Comprendre l’anxiété de déconfinement avec le Dr Keith Dobson

La pandémie de coronavirus a suscité en nous de nombreuses causes d’anxiété. Depuis des mois, le pays est en situation de quasi-fermeture, la distanciation physique obligatoire nous sépare les uns des autres, et le monde tel que nous le connaissions a brusquement basculé. Maintenant, alors que le pays s’apprête à reprendre ses activités, de nouvelles préoccupations émergent et l’anxiété de déconfinement s’installe pour plusieurs d’entre nous.

« Je crois que l’on observera deux principaux types de réactions », a indiqué le Dr Keith Dobson, professeur en psychologie clinique à l’Université de Calgary. « Le premier sera l’anxiété persistante et le stress continu causés par la COVID-19. Il s’agit notamment de renégocier les normes sociales afin d’assurer une distance sûre, de décider du moment où il sera sécuritaire d’envoyer les enfants à l’école, et de faire face aux craintes de nouvelles vagues ou d’autres éventuelles éclosions. »

Bien que les préoccupations concernant la sécurité et la santé physique soient nombreuses et puissent provoquer de fortes réactions de stress, il existe également une multitude d’autres facteurs pouvant constituer des facteurs de stress sur le plan individuel. « Le deuxième grand enjeu, » affirme le Dr Dobson, « est de faire face à la réalité des pertes personnelles et économiques engendrées par la pandémie. » Pour certaines personnes, cela signifie qu’elles devront tenter leur chance sur le marché du travail, alors qu’elles n’étaient pas prêtes à cet exercice. Pour d’autres, l’anxiété peut provenir de la perte de certains avantages liés à la quarantaine, comme le travail à distance et les nombreux temps libres.

Mais une chose est sûre : le déconfinement du pays ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Au moment où nous observons de plus en plus de levées des restrictions, il sera important de comprendre que ce qui est vécu positivement par une personne pourrait provoquer des tensions chez quelqu’un d’autre.

Selon le Dr Dobson, un bon exemple de cette disparité est reflété dans les réactions diverses de chacun face à une plus grande liberté sociale. « Pour de nombreuses personnes, une interaction sociale accrue contribuera à atténuer l’anxiété suscitée par la période de réajustement. Mais pour les gens qui craignent les situations sociales d’entrée de jeu, comme ceux souffrant d’un trouble d’anxiété sociale ou ressentant une inquiétude exacerbée d’être contaminés par les autres, toute interaction sociale supplémentaire aura pour effet d’augmenter leur anxiété. »

 Les employeurs, en particulier ceux qui envisagent un retour au bureau, doivent s’attendre impérativement à un grand nombre de réactions différentes face au déconfinement progressif. Pour Louise Bradley, présidente-directrice générale de la Commission de la santé mentale du Canada, cette question d’équilibre représente l’une des principales préoccupations. « La chose la plus importante que nous puissions faire pour notre personnel est de lui prêter une oreille attentive », a-t-elle déclaré. « Nous avons mené des sondages ainsi que des entretiens individuels auprès du personnel pour tenter de déterminer ce qui fonctionne bien pour chaque personne; quels aspects nécessitent davantage de mesures d’adaptation; et quel niveau d’intérêt perçoit-on de la part des employés pour revenir travailler au bureau. »

Madame Bradley s’empresse de souligner que, pour de nombreuses organisations fondées sur le savoir, le travail à distance s’avère efficace, bien qu’imparfait. « En clair, c’est à l’usage que l’on peut juger de la qualité d’une chose. Nous avons démontré une remarquable capacité à nous adapter et à faire preuve de souplesse, en plus d’être aussi productifs qu’avant. Mais nous ne pouvons pas supposer que ce qui fonctionne pour une personne fonctionne également pour une autre. La communication doit être délibérée et judicieuse en ce moment — à lui seul, un franc dialogue pourra aider à réduire le stress et à clarifier les attentes. »click_to_tweet

Il y a aussi des choses que nous pouvons faire sur le plan individuel pour réduire l’anxiété de déconfinement, a expliqué le Dr Dobson. « Le seul meilleur traitement fondé sur des données probantes pour lutter contre l’anxiété est l’exposition, qui consiste à affronter lentement la chose ou la situation qui vous effraie. L’exposition progressive vous permet de réajuster votre évaluation du risque associé à la peur, réduisant ainsi doucement l’anxiété au fil du temps. »

Bien que nous ne voulions pas nous exposer au virus lui-même, le fait d’affronter lentement et de manière sécuritaire les aspects inconfortables du déconfinement, notamment les interactions sociales ou le fait de passer du temps en public, peut aider à diminuer l’anxiété globale en regard d’un monde déconfiné.

Un autre élément important permettant de neutraliser l’anxiété de déconfinement est de continuer de suivre les recommandations des autorités sanitaires. Comme le mentionne le Dr Dobson, « Nous devrons aussi réapprendre à courir certains risques mesurés. Il est important que les gens cessent d’utiliser la COVID-19 pour justifier leur évitement de situations que les autorités sanitaires jugent comme présentant de faibles risques. » Soyez rassurés que du moment où vous respectez les directives en matière de santé publique, vous suivez alors les meilleurs conseils disponibles pour réintégrer le monde en toute sécurité.

Pour préserver notre santé mentale pendant cette transition, nous devons également nous rappeler de modérer nos attentes. Les choses seront différentes pendant quelque temps – et il n’y a aucun moyen d’éviter cela. Pour ne pas vivre trop de déception ou nous sentir dépassés, il est bien de planifier, quand c’est possible. Il faut aborder la question des limites lors de rencontres sociales avec les proches, se renseigner sur les mesures de sécurité sanitaire en place au travail et en public, et s’attendre à ressentir un certain inconfort.

L’anxiété n’a rien de nouveau pour certains d’entre nous, mais cette transition est nouvelle pour nous tous.