Un acte de jonglerie impossible

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Étant donné que les effets de la pandémie se font sentir de différentes façons, la Commission de la santé mentale du Canada, tourne son attention vers les populations touchées de façon disproportionnée — notamment les femmes.

« Les femmes représentent la majorité de notre organisation », a affirmé Karla Thorpe, vice-présidente des affaires publiques et du rendement organisationnel de la CSMC. « Tous les jours au cours de la dernière année, nous avons reçu entre autres des témoignages d’employées qui doivent jongler avec un nombre impossible de tâches, et nous devons reconnaître que ces réalités ont des conséquences sur la santé mentale. »

Mme Thorpe elle-même connait trop bien le fardeau mental émanant des tensions liées à la COVID.

« Cette dernière année a été personnellement la plus difficile à affronter. J’ai dû envoyer mes parents âgés dans une maison de soins au plus fort de l’épidémie. Lorsque je passais de longues journées à tenir des réunions sur Zoom, suivies par des visites en tant qu’aidante vêtue d’un ÉPI de la tête au pied, la normalité semblait parfois bien loin », se souvient-elle. « Je reconnais cependant ma bonne fortune. La situation est encore plus complexe pour celles ayant dû s’absenter du travail pendant une longue période sans avoir droit aux congés payés. Ceci est particulièrement vrai pour les personnes qui ne disposent pas des ressources pour solliciter l’appui dont elles ont besoin. »

Un fardeau disproportionné
Les femmes connaissent bien le rôle des principaux fournisseurs de soins, voilà pourquoi jusqu’à un tiers des mères sur le marché du travail ont envisagé de quitter leur emploi depuis le début de la COVID. Et quitter le marché du travail peut être lourd de conséquences.

C’est pour cette raison que la CSMC a créé un mini-guide conçu spécialement pour favoriser le mieux-être mental des femmes qui ont été écartées du marché du travail, notamment à cause des fermetures d’entreprises dues à la pandémie, pour prodiguer des soins, ou pour assumer d’autres responsabilités.

Liz Horvath, gestionnaire de l’équipe de la santé mentale en milieu de travail de la CSMC, était prête à soutenir cette ressource dès le départ. « J’ai vécu cette expérience », a-t-elle affirmé, faisant allusion à une période sombre où cette mère célibataire travaillait comme serveuse pour subvenir aux besoins de son enfant. « J’étudiais, je travaillais et j’assumais mon rôle parental, mais je sentais toujours que ces contributions n’étaient pas appréciées, qu’elles n’en valaient pas la peine. J’étais considérée comme «juste» — juste une serveuse. Je me sentais broyée dans un engrenage.

Mais lorsqu’en quête de sens j’ai quitté ce travail, j’ai été confrontée à des obstacles importants malgré les connaissances et les compétences précieuses acquises en tant que mère célibataire, serveuse et étudiante », a-t-elle expliqué. « Cette lutte constante a affaibli ma résilience et j’ai alors été en proie à une grave dépression, à une époque où la stigmatisation était très répandue et l’accès aux services de soutien vraiment limité. »

Rajuster le tir pour le mieux-être mental
Mme Horvath a indiqué qu’il existe trois façons de se retrouver au chômage sans perdre confiance en soi et le contact avec l’extérieur. Il existe également trois façons de créer un espace pour l’autogestion de sa santé, même lorsque la balance penche lourdement vers les réalités du monde du travail. click to tweet francais

« Il semble banal de demeurer en contact avec l’extérieur, mais il s’agit toutefois d’un élément très important », a-t-elle affirmé. « Peu importe votre domaine de travail, qu’il s’agisse de service de première ligne ou de travail de bureau, il existe des groupes ou des forums en ligne, des possibilités de bénévolat, des services d’orientation professionnelle, et des tests d’aptitudes en ligne. J’ai adhéré à ces types de contacts lorsque j’en ai eu la chance, et ils m’ont été très utiles. »

Mme Thorpe est d’accord et ajoute qu’« en ce qui concerne les femmes, la confiance peut être une pierre d’achoppement, surtout en périodes de chômage. Voilà une raison en particulier pour laquelle nous avons conçu cette ressource afin d’aider les femmes à remanier leur façon de penser. Une période creuse dans un CV offre une chance de démontrer l’expérience acquise à l’extérieur du milieu de travail. Certaines compétences que nous avons acquises dans un domaine peuvent s’appliquer à un autre domaine — car l’important c’est notre capacité à apprendre et à nous épanouir.

Ce mini-guide est un guide de référence facile à utiliser et offre des conseils pratiques et des ressources dans tous les domaines, du soutien en santé mentale jusqu’à la culture financière.

« Cet hiver, la CSMC a créé une fiche de conseils pour aider les employeurs à soutenir et à bien accueillir les femmes qui retournent au travail après une absence », a déclaré Mme Horvath. « Nous réalisons toutefois qu’il reste une lacune importante à combler. Qu’en est-il de la santé des femmes pendant cette période sans travail? Comment pouvons-nous leur assurer un soutien? »

Se soutenir mutuellement
Pour Mme Thorpe, une femme qui exerce un rôle de dirigeante doit endosser une responsabilité supplémentaire. « En tant que femme dirigeante, je veux contribuer à faire tomber les obstacles systémiques qui nuisent constamment aux femmes en milieu de travail. Il arrive trop souvent que les femmes ne posent pas leur candidature pour un emploi. Ou bien qu’elles ne participent pas à un programme de mentorat, ou qu’elles ne parviennent pas à négocier une augmentation salariale. En tant que dirigeants, hommes ou femmes, nous avons la responsabilité de changer nos systèmes, nos processus et nos cultures au travail pour accommoder les réalités de la vie des femmes et obtenir les meilleurs talents possible. »

Mme Horvath partage ce point de vue et espère que les ressources, comme ce mini-guide, aideront les femmes à envisager leur avenir d’un bon œil. « Le fait de s’absenter du marché du travail pose de nombreux défis, mais offre également de nouveaux débouchés. Grâce à un soutien adéquat, la fin d’un chapitre peut mener à un avenir meilleur. Ce fut mon cas. »