Créer des espaces sécuritaires dans les services de soins de santé pour les jeunes 2SLGBTQ+

Que se produit-il lorsqu’on invite des personnes qui sont systématiquement laissées de côté ou muselées à participer à de vastes discussions politiques?

« Les vannes s’ouvrent, affirme Lynette Schick, analyste de la recherche et des politiques à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), qui a récemment organisé, conjointement avec Kam Tello, courtière du savoir à la CSMC, un forum sur la création d’espaces sécuritaires dans les services de soins de santé. Il s’agit de jeunes qui sont aux prises avec des taux plus élevés de problèmes de santé mentale, davantage de pensées suicidaires, un risque accru d’itinérance et une méfiance générale face au corps médical. »

Afin de mieux comprendre les besoins de ce groupe sous-desservi et d’orienter la préparation de la conférence – conçue pour les jeunes 2SLGBTQ+ et dirigée par ceux-ci –, la CSMC a sollicité l’avis d’un conseil consultatif de neuf membres composé de façon équilibrée d’éminents chercheurs, de jeunes et de défenseurs des droits des 2SLGBTQ+.

« Ce fut un privilège de faire cette consultation en bonne et due forme, soutient Mme Schick. Nous avons dû gravir une certaine courbe d’apprentissage, mais sans une approche axée sur les jeunes, le fossé entre ce que les jeunes veulent et les services qu’ils reçoivent demeurera entier. C’était inspirant de voir ces jeunes, déterminés à se mobiliser et à le faire avec un souci de respect et d’inclusion. »

La conférence, qui s’est déroulée les 8 et 9 novembre, a réuni près de 70 jeunes se décrivant comme 2SLGBTQ+ provenant des quatre coins du pays. L’événement visait à formuler des recommandations sur les caractéristiques d’un espace de soins de santé sécuritaire. La CSMC a été submergée, tant par le nombre de candidats que par l’authentique désir des participants à générer un changement positif.

« Trop souvent, les jeunes 2SLGBTQ+ sont écartés des discussions concernant leur identité et leurs expériences, particulièrement lorsqu’il est question d’accès aux soins de santé, affirme Fae Johnson, membre du groupe consultatif 2SLGBTQ+ et de l’équipe de planification du forum de la CSMC. Ce forum avait pour but de changer la donne. Les jeunes 2SLGBTQ+ sont les véritables experts en ce qui concerne leur propre vie, leurs expériences et leur bien-être. Ils ne connaissent que trop bien les lacunes en matière d’accès des jeunes 2SLGBTQ+ aux services. Ces jeunes détiennent les réponses; il est grand temps pour nous de les écouter. »

Les personnes qui ont soumis leur candidature étaient nombreuses à se décrire comme queer ou non binaires, des termes de plus en plus répandus qui sont moins prescriptifs et plus fluides. Néanmoins, presque toutes se heurtent à des obstacles en matière d’emploi et bon nombre d’entre elles vivent de l’aide sociale. Ces deux cas de figure n’ont rien d’étonnant, puisque les jeunes 2SLGBTQ+ sont régulièrement victimes de discrimination et vivent sous la menace d’abus et de violence.

Les taux d’itinérance sont également plus élevés dans la communauté 2SLGBTQ+, bien qu’on manque toujours de données exactes à ce sujet. Pour la première fois, le plus récent dénombrement ponctuel réalisé par Emploi et Développement social Canada, qui a ratissé littéralement les différentes régions pour recenser les personnes sans domicile, consignait des renseignements liés à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle. Les données sur les suicides et les homicides font défaut, en partie en raison du refus de certaines familles de reconnaître l’identité de genre de leur proche.

« Le problème, explique Louise Bradley, présidente et directrice générale de la CSMC, est que si ce phénomène n’est pas mesuré, il n’existe pas. Affirmer que la communauté 2SLGBTQ+ est déconsidérée est un euphémisme. Les jeunes qui s'identifient comme 2SLGBTQ+ et qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale sont doublement stigmatisés. C’est pourquoi nous n’avons pas prétendu connaître leur expérience; nous les avons plutôt invités à discuter entre eux puis à partager leurs constats avec nous, afin que nous puissions amplifier leurs messages et leurs recommandations. »

Nous avons ainsi découvert que la création d’espaces sécuritaires dans les établissements de santé prend une signification différente pour chaque personne.

« Nous voulions savoir pourquoi les candidats tenaient à être présents et ce qu’ils souhaitaient apporter, explique Ed Mantler, vice-président, Programmes et priorités de la CSMC. Nous avons obtenu cette information et plus encore. La passion, la vision et le désir d’aider les autres transparaissaient pratiquement dans toutes les demandes. »

Fondamentalement, le forum était basé sur la volonté de boucler la boucle, de mobiliser des personnes marginalisées et de leur donner une tribune, de valider leurs points de vue et de reconnaître leurs besoins. Un futur système de soins de santé mentale axés sur le rétablissement doit évoluer au fil des besoins changeants des personnes qui y font appel. Un rapport complet détaillant les résultats du forum sera publié au début de 2019.