Krackers Katering : de la nourriture qui fait du bien à l’âme

Membres de l’équipe Krackers Katering

Quand TJ, 26 ans, est arrivé à Ottawa il y a trois ans, il avait déjà connu sa part de malchances. Il avait dû déménager à plusieurs reprises, il avait vécu dans la rue et il n’avait jamais su garder un véritable emploi.

« Pour être honnête, je n’avais pas de hautes attentes en ce qui a trait au travail », explique TJ. Mais tout cela a changé quand il est entré en contact avec la plus vieille entreprise à vocation sociale d’Ottawa, Krakers Katering, qui fête cette année ses 20 ans. Bien que l’entreprise propose un menu diversifié, son offre ne se limite pas qu’à ses services alimentaires. 

« Nous avons des clients pour lesquels nous préparons de la nourriture, et nous avons des clients pour lesquels nous offrons un service », mentionne Don Palmer, directeur général de Causeway Work Centre, qui supervise quatre entreprises à vocation sociale, dont Krackers Katering. M. Palmer explique que Krackers Katering a été mise sur pied selon un modèle qu’il décrit ainsi : « Entrez, remettez-vous sur pied, puis allez de l’avant ».  L’entreprise est conçue pour embaucher des personnes souffrant d’une maladie mentale et ayant d’autres difficultés qui ont besoin de plus de soutien et de souplesse que ce que peuvent leur offrir les milieux de travail traditionnels.

L’entreprise, qui n’était à ses débuts qu’une petite cuisine où les clients se réunissaient et cuisinaient les uns pour les autres, enseigne à ses employés des habiletés concrètes qu’ils peuvent intégrer dans leur travail au sein de la collectivité. Que ce soit en préparant ou en cuisinant des repas, ou même en travaillant en équipe et en suivant le rythme rapide d’une cuisine toujours occupée, les employés acquièrent de l'expérience et améliorent leur confiance, et ce, tout en gagnant un revenu.

TJ incarne bien cette vision.  « J’ai immédiatement tissé des liens avec des personnes bienveillantes. Elles m’ont traité comme un être humain, et j’ai reçu le soutien dont j’avais besoin. » TJ a lentement accepté de plus en plus de responsabilités chez Krackers Katering. Il a diversifié ses compétences, allant du lavage de la vaisselle aux fonctions d’assistant conducteur pour le transport de l’argent.  Quand il parle de Causeway et de son travail chez Krackers Katering, on peut ressentir au téléphone sa fierté et son sens du devoir accompli.

« La Commission de la santé mentale du Canada a régulièrement recours aux services de Krackers Katering », mentionne la présidente et directrice générale de la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), Louise Bradley. « La nourriture y est excellente et le service est chaleureux. Mais nous percevons également cela comme une importante occasion de faire connaître aux intervenants externes – comme les députés – le visage dynamique, compétent et positif qu'est celui de la personne vivant avec une maladie mentale. »

M. Palmer convient que les quatre entreprises à vocation sociale dirigées par Causeway Work Centre ont une double fonction. « Non seulement nos entreprises, dont les services vont de la remise à l’état de bicyclettes à l’entretien paysager, offrent un emploi à des personnes, mais elles œuvrent aussi à éliminer la stigmatisation.  Les gens peuvent faire tondre leur gazon ou profiter d’un bon repas servi par notre personnel, et ils repartent en ayant une nouvelle vision de la maladie mentale. »

Krista Benes, gestionnaire de programme de la CSMC en santé mentale en milieu de travail, s’occupe du dossier Main-d'œuvre en quête d'emploi, qui met l’accent sur la façon de mieux intégrer les personnes qui vivent avec la maladie mentale dans le milieu du travail. « La recherche nous a démontré les formidables bienfaits, tant pour l’employeur que pour l’employé, des efforts concertés déployés par une organisation pour accommoder les personnes vivant avec une maladie mentale ou un problème de santé mentale. »

M. Palmer est tout à fait d’accord avec ce point. « Au fil des ans, des employés sont venus nous voir et nous ont dit que ce qu’ils avaient reçu dépassait un simple emploi. En fait, c'est une jeune femme qui a eu les mots les plus justes. Elle s’est levée à l’occasion d’un souper de bienfaisance, et a dit devant une salle pleine de donateurs : “Je suis venue ici pour avoir un emploi. On m'a plutôt offert une nouvelle vie.” L’émotion était palpable dans la salle. »

Et c’est ce bienfait mutuel, c’est-à-dire d’être un employeur qui change des vies, qui est au cœur de l'action de Causeway Work Centre et de nombreuses autres entreprises à vocation sociale qui prospèrent et croissent partout au pays.

« Nous avons un dicton à la CSMC », explique Mme Bradley. « Un domicile, un emploi et un ami. Voilà les trois piliers d’une bonne santé mentale. Et souvent, un emploi génère les deux autres. »

Pour revenir à Krackers Katering, certains employés ont effectivement réussi à « aller de l’avant » – comme le conducteur qui est passé à l’une des plus importantes entreprises de traiteur de la ville, et le client qui est retourné à l’école puis s’est ouvert une boulangerie à domicile. D’autres encore, souvent les personnes vivant avec les maladies mentales les plus graves, apprécient la sécurité que leur offre Krackers Katering.

Quant à TJ, Krackers Katering lui a donné la possibilité d’avoir de grands rêves. « J’ai l’esprit d’entrepreneur, et un jour je veux être un homme d’affaire important, le patron des patrons! »

M. Palmer reconnaît que le succès ne signifie pas la même chose pour tout le monde. « Nous sommes simplement heureux de faire partie de cette aventure. »