En juin 2019, Manon Charbonneau, Ph. D., psychiatre, ancienne présidente de l'Association des psychiatres du Canada (APC), ambassadrice de Bell cause pour la cause et championne de la lutte contre la stigmatisation, a pris sa retraite après avoir occupé deux mandats au sein du conseil d'administration de la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC).

« Elle a été une voix courageuse à la table du conseil pendant six ans », a déclaré Chuck Bruce, président du conseil d'administration de la CSMC. « Même avant mon entrée au sein du conseil, je savais que l'organisation avait eu beaucoup de chance de profiter de sa vive intelligence, de sa compassion, de ses connaissances cliniques, et de son expérience personnelle. Manon est tout aussi impressionnante que modeste, aussi intelligente que gentille, et elle est littéralement irremplaçable. »

Au cours de son mandat à la CSMC, elle a été une championne de la pratique axée sur le rétablissement tout en défendant fièrement les besoins des francophones et des minorités linguistiques. Elle a été d'un soutien indéfectible en période de changement et une présence réconfortante face aux défis à relever.

Louise Bradley, présidente-directrice générale de la CSMC, se souvient encore très bien de l'onde de choc qu'a entraînée son puissant discours pour conclure son mandat en tant que présidente de l'APC. « Elle est montée sur la scène et a complètement changé la donne. Elle a été courageuse et captivante alors qu'elle décrivait sa propre expérience de la dépression. C'était très courageux de sa part de se montrer aussi vulnérable devant ses pairs. Ce qu'elle a accompli pour combattre la stigmatisation, incarner une éducation fondée sur l’interaction, et briser l’implacable glace qui faisait passer la profession comme étant infaillible, c'était plus que révolutionnaire. Pour ceux qui sont passés après elle, cette expérience a changé leur vie. »

Son pari audacieux s'est avéré payant. Non seulement elle a reçu des éloges pour son courage, mais elle a aussi été nommée présidente d'un groupe de travail de l'APC pour lutter contre la stigmatisation et la discrimination en santé mentale, un rôle qu'elle a occupé avec distinction pendant 10 ans.

« La CSMC a été très chanceuse de pouvoir profiter des sages conseils de Manon », a affirmé Louise Bradley. « Il est rare de pouvoir côtoyer une psychiatre qui se reconnaît avec autant d'honnêteté sous l'angle du patient, l'ayant elle-même été. »

Un deuxième épisode dépressif a suivi lorsqu'elle a reçu un diagnostic de cancer du sein. Une fois de plus, elle a été ouverte et franche au sujet du traitement qui a éliminé son cancer et sa joie de vivre par le fait même. Aujourd'hui, elle attribue son rétablissement à sa famille, à ses amis, à sa médication et à des soins appropriés en santé mentale.

« Manon a ouvert une fenêtre sur sa vie et, ce faisant, elle nous a tous montré qu'avec de l'espoir, du soutien et le bon traitement, nous pouvons retrouver notre équilibre, a précisé Chuck Bruce. Mais plus encore, elle nous a montré qu'il faut de la force pour être vulnérable, et parfois même que les médecins ont eux aussi besoin d'aide. »

Louise Bradley acquiesce et renchérit. « Je vais de nouveau monter sur ma tribune et dire : les fournisseurs de soins de santé ne peuvent pas offrir des soins si leurs capacités sont elles-mêmes diminuées. Nous avons besoin d'autres Manon Charbonneau dans le monde pour poursuivre la lutte. Nous avons besoin que d'autres médecins et infirmiers se lèvent pour dire qu'ils sont humains, eux aussi. Si nous voulons changer la culture du stoïcisme et de l'autostigmatisation qui continue de gangréner les soins de santé, nous devons tous jouer notre rôle. »

En fait, c'est à Manon que Louise doit le crédit du courage qu’elle a eu de partager sa propre expérience. « Manon ayant été si formidable et si courageuse, je ne pouvais pas demeurer silencieuse. Je sais que je ne suis pas la seule à me sentir ainsi, et tous les éloges lui reviennent pour nous avoir poussés à accepter nos propres expériences et à les partager. Nul doute qu'elle nous manquera beaucoup, mais son impact continuera de se faire sentir à la CSMC et bien au-delà pour des années à venir. »