Notes d’allocution de

Louise Bradley
Présidente-directrice générale

Commission de la santé mentale du Canada


À l’occasion de la discussion en groupe de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC)
Accroître la collaboration entre les secteurs à l'appui de l’initiative Asie-Pacifique en santé 2020 et des objectifs de développement durable en santé

Lima, Pérou
Le 22 août 2016

 

Introduction

Je suis ravie de rencontrer mes chers collègues pour échanger au sujet des progrès de nos pays respectifs en vue de faire cheminer les programmes de santé mentale.  Voilà une excellente occasion d’apprendre de nos progrès mutuels tandis que nous travaillons en vue de concrétiser les objectifs de l’initiative Asie-Pacifique en santé 2020, qui ont été établis à Beijing en 2014.

Les ministres de la Santé ont notamment convenu de favoriser les interventions multisectorielles en matière de développement, de mise en œuvre et d'évaluation des politiques sur la santé. Il s’agit d’un engagement qui tient à cœur à la Commission de la santé mentale du Canada.

J’aimerais reprendre mes observations là où je me suis arrêtée il y a deux ans. Mais tout d'abord, j'aimerais féliciter l’APEC d’avoir pris l’importante décision de faire de la santé mentale une priorité par l’intermédiaire de son groupe de travail sur la santé mentale et de la feuille de route sur la mise en œuvre du Cadre 2020 sur la santé en Asie-Pacifique. 

Plus précisément, je suis ravie que le Canada dirige l’élaboration du carrefour numérique. Je suis certaine que cela permettra de mettre au jour des partenariats multisectoriels qui traitent de la maladie mentale, notamment des mesures clés en vue d’améliorer la santé globale et la productivité économique.

Entre-temps, j'aimerais vous rappeler où nous en étions il y a deux ans. 

À Beijing, j'ai fait connaître les efforts que déploie le Canada afin d’améliorer la santé mentale en milieu de travail. Lorsque l’on constate que les deux tiers des Canadiens passent 60 % de leur temps au travail, il est facile de comprendre pourquoi cela est si important.  

J’ai présenté notre initiative révolutionnaire, soit la Norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail, première en son genre dans le monde. Nous l'appelons tout simplement la Norme

N’ayez crainte, je ne répéterai pas mon discours de 2014, c’est promis! Pour ceux qui ne connaissent pas ce programme, permettez-moi de mettre les choses en contexte avant de passer aux nouvelles de dernière heure.

La Norme est une initiative entièrement volontaire qui fournit des lignes directrices, des outils et des ressources pour aider les organisations de toutes les tailles et de tous les secteurs à promouvoir une bonne santé mentale et à prévenir les dommages psychologiques.

Nous avons choisi de nous concentrer sur le milieu de travail, car en moyenne, chaque semaine, 500 000 personnes au Canada sont incapables de travailler en raison de problèmes ou de maladies liés à la santé mentale. Les maladies mentales coûtent plus de 50 milliards de dollars par année à l'économie canadienne.

Bien sûr, nous ne sommes pas seuls. En moyenne, les employés dans le monde perdent près de 11 jours de travail chaque année en raison de problèmes et de maladies associés à la maladie mentale.

La création de milieux de travail sécuritaires, où les gens peuvent discuter de leurs préoccupations sur le plan de la santé mentale, entraîne un changement d’attitude majeur qui vient inclure les problèmes et les maladies en lien avec la santé mentale dans le dialogue courant. Qui plus est, cela place le bien-être mental au cœur de nos interactions quotidiennes. 

Tous les milieux de travail, y compris les commissions de la santé mentale, peuvent tirer profit de la Norme

Je peux affirmer, de ma propre expérience, qu'aucun lieu de travail n’échappe à la stigmatisation et à la discrimination. Il n’y a pas si longtemps, une collègue est venue me parler de son problème de santé mentale. Elle est revenue me voir peu après pour me demander si je la percevais différemment. Si cela arrive à une collègue qui travaille en santé mentale, j’ai des frissons rien qu’à penser à ce que doivent vivre les autres travailleurs.

Comprenez-moi bien. Le milieu de travail ne fait pas toujours partie du problème.  Mais peu importe où vous vivez et où vous travaillez dans le monde, il peut toujours faire partie de la solution.


Contexte entourant la Norme

La Norme est un brillant exemple de collaboration multisectorielle. Si la Commission canadienne a joué le rôle de champion et de catalyseur pour l’initiative en fournissant des fonds de départ, la Norme est le résultat du travail d'équipe effectué par plusieurs ministères fédéraux et partenaires du secteur privé et non gouvernemental.

La Norme repose sur le principe voulant que la maladie mentale est l’un des types de maladies les plus courants dans la société moderne, maladie qui s’attaque souvent aux jeunes adultes tandis qu’ils sont au sommet de leur productivité. C’est aussi une maladie qui s'accompagne d’un fardeau double, soit les symptômes et les préjugés, ce qui peut décourager les gens d’obtenir du soutien et ainsi mettre leur rétablissement en péril.

La Norme reconnaît que les entreprises et les organisations non gouvernementales ont une responsabilité organisationnelle et sociale de préserver et de protéger la santé mentale de leurs employés. La mise en œuvre de la Norme peut les aider à s'acquitter de ces responsabilités. Du coup, cela peut améliorer la productivité d’une organisation ainsi que son rendement financier, sa gestion des risques, son recrutement et sa rétention d’employés.

Un peu comme la santé et la sécurité physiques sont gérées, la Norme offre une approche systématique et durable en matière de santé et de sécurité psychologiques. Elle s’applique dans tous les milieux de travail, qu’il s’agisse de personnel de bureau, de premiers intervenants, de travailleurs dans une centrale, dans un hôpital, dans une petite entreprise familiale ou encore dans la fonction publique.

C’est précisément là que la Norme est appliquée, dans un grand segment de l'économie canadienne.

Grâce à la solidité de nos partenariats au pays et à l’étranger, nous constatons que le programme est adopté dans les milieux de travail partout au Canada et ailleurs dans le monde. De plus, nous commençons à observer les résultats positifs de ces interventions qui profitent tant aux travailleurs qu'aux employeurs.


Au Canada

L’une des meilleures indications du progrès est peut-être le fait que la santé mentale est devenue une priorité pour le gouvernement fédéral, qui est aussi le plus grand employeur au Canada, avec ses 250 000 travailleurs.

Le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a enjoint les ministres de son Cabinet et les dirigeants de la fonction publique à appliquer la Norme dans tous les milieux de travail de la fonction publique. En outre, une stratégie a été développée afin d’associer le rendement à la santé mentale et à la sécurité dans l'ensemble de la fonction publique fédérale.

En l'espace de seulement deux années depuis notre dernière rencontre, le Canada a fait des pas de géant. Le gouvernement du Canada n'est que l’un des nombreux employeurs qui se prévalent du potentiel de la Norme pour améliorer le mieux-être au travail. La Norme a été téléchargée 30 000 fois dans notre site Web.

Il est intéressant de remarquer que les intervenants du secteur de la santé, de l'éducation, de la justice et de la police sont les chercheurs d’information les plus actifs. En fait, nous avons tissé des partenariats avec bon nombre de ces secteurs pour cerner les occasions d’échanger nos connaissances et nos ressources ou de concevoir des initiatives ciblées. 

En tant qu’infirmière autorisée et ancienne administratrice d’hôpital, je me réjouis de l’intérêt exceptionnel que le secteur de la santé exprime envers la Norme

Les employés du secteur de la santé ont surpassé ceux de tous les autres secteurs pour ce qui est du téléchargement de la Norme

Cela est peut-être parce que les travailleurs en santé sont une fois et demie plus susceptibles de s'absenter du travail en raison d’une maladie ou d’une invalidité que les travailleurs de tous les autres secteurs. Mais cela indique aussi que les organisations de soins de santé reconnaissent qu’il est important de constituer des effectifs productifs qui sont à même de prodiguer des soins à notre population.

En étroite collaboration avec l’organisme SoinsSantéCAN, qui représente des organisations de soins de santé à l'échelle fédérale, provinciale et territoriale, nous avons entrepris plusieurs initiatives en vue de mieux comprendre les défis que doivent relever les travailleurs de la santé afin de concevoir des solutions qui répondent à leurs besoins précis. Ainsi, la CSMC a mis sur pied le premier modèle collaboratif national « pour et par le milieu de la santé » qui se compose d’organisations de la santé les plus novatrices dans l'ensemble du Canada. 

La communauté de pratique en soins de santé rassemble 23 organisations en vue d’échanger des pratiques exemplaires et de promouvoir l'adoption de la Norme à grande échelle. Cette communauté de pratique est non seulement le premier modèle collaboratif en son genre au Canada, mais dans le monde entier.

Dans le cadre de cette initiative, nous avons mobilisé les champions qui utilisent déjà la Norme à titre de mentors auprès des organisations qui sont en début de parcours. Par la suite, nous comptons élaborer un guide adaptable pour aider les fournisseurs de soins de santé à promouvoir et à protéger la santé et la sécurité psychologiques de leurs travailleurs.

Nous nous sommes également concentrés sur une autre occupation de première ligne, soit les premiers intervenants, comme les policiers, les ambulanciers paramédicaux et les pompiers. Ces professionnels évoluent dans des environnements très stressants et sont souvent aux prises avec leurs propres défis en santé mentale. 

Même si le trouble de stress post-traumatique est le risque professionnel le plus connu, en fait, les préoccupations pour la santé mentale qu’expriment les premiers intervenants sont variées et complexes, allant de la dépression et de l'anxiété en passant par l'abus de substances et les problèmes conjugaux.

Je suis heureuse de vous dire que la Commission détient des preuves et des exemples tangibles de la façon dont l’éducation, la sensibilisation et la formation en santé mentale fonctionnement bien dans le milieu des premiers intervenants.

Par exemple, le programme En route vers la préparation mentale vise à réduire la stigmatisation et à accroître la résilience chez les premiers intervenants. Il offre une compréhension et un langage communs des défis attribuables aux expériences traumatiques. Il propose par ailleurs une plateforme pour en parler.

Cela dit, le fait de parler de l’état de stress post-traumatique et d’autres problèmes en santé mentale n’est pas une solution en tant que telle. Mais c'est en parlant que nous trouverons une solution.

Cette formation suscite un grand intérêt et pratiquement tous les grands services de police du Canada se prévalent du programme. En tout, près de 24 000 premiers intervenants ont suivi la formation En route vers la préparation mentale au Canada jusqu’à maintenant.

Ces efforts viennent s'ajouter aux premiers soins en santé mentale. Comme pour les premiers soins physiques, ce programme offre de la formation afin d’intervenir de façon adéquate lorsqu’une personne éprouve un problème de santé mentale ou qu’elle traverse une crise. La formation de premiers soins en santé mentale a été offerte à près de 200 000 Canadiens jusqu’à maintenant et bon nombre des séances étaient parrainées par des employeurs. Par ailleurs, nous avons adapté ce programme aux besoins de différentes populations à risque au Canada comme les peuples autochtones, les personnes âgées et les vétérans.

Ensemble, ces efforts concrets permettent d’améliorer, voire de sauver des vies. 


Étude de cas

En 2014, la Commission de la santé mentale du Canada a entrepris une étude de cas pour démontrer l'efficacité de la Norme.  Dans le cadre de cette étude qui s’échelonne sur trois ans, un suivi est effectué auprès de 40 organisations variées qui ont adopté la Norme.

L’objectif est de cerner les obstacles à la mise en œuvre ainsi que les écarts et les défis afin de contourner les problèmes éventuels.

Les constatations préliminaires montrent que la Norme peut faire une différence concrète et mesurable. 

Par exemple, l’un des plus grands hôpitaux de la ville de Toronto rapporte une baisse de 7 % des coûts en soins de santé ainsi qu’une diminution du nombre de jours d’absentéisme, qui est passé à plus de 10 en 2008 à moins de 7 en 2014.

Nav Canada, notre organisme de contrôle de la circulation aérienne, a réduit ses taux d’invalidité à court terme de 20 % et ses demandes de prestation d’invalidité à long terme de 10 %.  Il affiche également un taux de retour au travail de 100 % pour les gens qui s’étaient absentés pour des raisons de santé mentale. Qui plus est, 95 % de ces personnes sont rétablies à long terme.

Les constatations tirées de l’étude de cas ne tardent pas à être appliquées. Ainsi, nous avons élaboré plusieurs outils à l’intention des employeurs qui reposent sur les connaissances que nous avons acquises. Cela comprend un guide de mise en œuvre, des vidéos sur les 13 facteurs qui favorisent le bien-être mental au travail, des outils de cyberapprentissage pour les professionnels des RH et pour les employés.

Le fait que de nombreuses communautés de pratique aient été créées spontanément à l'échelle municipale et régionale est une véritable source d’inspiration.

À la lumière de cette réponse, nous pouvons affirmer que l'étude de cas a suscité un grand intérêt. À ce jour, les résultats de l'étude de cas ont été présentés à l’occasion de plus 120 événements majeurs. Nous avons rejoint 4 000 personnes par des webinaires et mis sur pied 30 projets uniques avec des associations clés et des personnes qui exercent de l’influence afin de favoriser une adoption à grande échelle. Nous avons par ailleurs distribué plus de 5 000 guides de mise en œuvre, au Canada et partout dans le monde.
 

À l’étranger

Puisque savons que les problèmes de santé mentale représentent un défi partagé et une responsabilité conjointe, notre engagement envers la collaboration ne se limite pas aux frontières du Canada.

Même si nos pays sont différents à plusieurs égards, ils ont aussi beaucoup en commun lorsqu’il s'agit de santé mentale.

En septembre dernier, la Commission a organisé un jumelage entre les milieux de travail avec six autres pays afin de partager ses travaux novateurs sur la Norme et le projet d’étude de cas qui l'accompagne. 

Nous travaillons à l’heure actuelle avec la Suède, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis en vue de partager les conclusions du projet. Un groupe australien a déjà adapté la Norme au secteur juridique et obtenu la signature de plus de 150 personnes qui représentent des cabinets d’avocats et des organismes du domaine juridique. 

Selon les derniers chiffres, plus de 15 pays ont montré un intérêt marqué envers la Norme

Je suis particulièrement emballée du fait que l’intérêt envers notre travail montre l'accent de plus en plus important que notre société accorde à la santé  mentale. Par exemple, en avril, le ministre des Finances du Canada a fait ressortir le leadership en matière de santé mentale au travail dans un discours à l’occasion d’une réunion conjointe de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé. 

Par ailleurs, le Forum économique mondial vient tout juste de diffuser son guide sur la santé mentale au travail et a demandé que l’un des responsables de l'étude de cas représente le Canada.


Asie-Pacifique en santé 2020

Même si elle a été développée au Canada, la Norme permet à tous les pays d'examiner le lien entre la santé et l’économie. 

La Norme tient compte de ces deux priorités tandis qu’elle mobilise les grands moteurs de l'économie (les employeurs) tout en protégeant et en améliorant la santé et le bien-être mental des travailleurs. 

Cela va dans le même sens qu’une priorité qui a été identifiée dans la feuille de route en vue de promouvoir le bien-être mental dans l’Asie-Pacifique en santé.  Cette approche qui englobe l'ensemble de la société habilite les personnes et les collectivités, y compris les employeurs, à participer à l'éducation en santé, aux connaissances en santé ainsi qu’à la formation et à diffusion du savoir.

La Norme peut également aider à atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies pour 2030 en offrant à tous une vie saine et en faisant la promotion du bien-être pour les gens de tous les âges.

La réduction du fardeau que représente la maladie mentale au travail et dans l'ensemble de la société aura inévitablement des effets positifs sur les travailleurs, leurs familles et leurs collectivités.


Conclusion

La Commission de la santé mentale du Canada est heureuse de partager son savoir et ses expériences avec tous les pays qui souhaitent adapter ses initiatives pour répondre aux besoins particuliers de leurs citoyens.

Nous sommes conscients que le modèle canadien pourrait ne pas convenir à d’autres contextes, mais nous encourageons les pays à prendre en compte les leçons que nous avons tirées en cours de route.

Parmi ces dernières, la plus importante est probablement que la collaboration est au cœur de tous les projets qui entraînent un changement.  Que ce soit dans les communautés, les entreprises, les organismes bénévoles, pour les défenseurs, mais surtout pour les personnes ayant vécu la maladie mentale, les partenariats entraînent des changements concrets dans l’ensemble du paysage canadien de la santé mentale.

À la Commission de la santé mentale du Canada, nous comprenons que notre rôle est de mener une recherche essentielle afin d’éclairer des politiques et des programmes avisés. Nous devons aussi rassembler les dirigeants et les organisations de l’ensemble du pays pour accélérer le changement. Toutes nos grandes initiatives reposent sur des partenariats productifs.

Dans le même ordre d'idées, nous comptons sur nos partenaires internationaux pour éclairer notre réflexion et notre approche à l’égard des problèmes de santé mentale. Je suis ici pour écouter et pour apprendre des expériences des autres.

La Commission continuera de travailler en étroite collaboration avec la communauté mondiale qu’elle estime afin d’accélérer l'accès de la population canadienne à des approches novatrices et de traiter les nouveaux problèmes en santé mentale. 

Je vous remercie de m'avoir invitée à présenter la perspective de notre pays sur cet enjeu d’une importance capitale.